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2023.322.002
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Lettre
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Lettre du caporal Ernest Douglas Barton à Rose Petrie - 8 juillet 1944
Lettre du caporal Ernest Douglas Barton à Rose Petrie - 8 juillet 1944
QG 11e Bataillon CBR
CAOS
8 juillet 1944
Ma chère Rose,
Aujourd'hui a été la plus belle journée depuis mon arrivée en France. La raison ? J'ai reçu deux lettres de toi par avion. L'une est datée du 27 juin et l'autre du 30, ce qui est vraiment génial, si tu veux mon avis.
Je suis assis juste devant l'entrée de mon abri, un des plus confortables petits trous souterrains du coin, si je peux me permettre.
Tu devrais voir les ampoules sur mes mains de commis ! Mais on est tous obligés de s'abriter ici, c'est le seul endroit sûr. Il a fait très chaud ces deux dernières nuits, et on apprécie vraiment la protection « sous terre » dans ces cas-là, même si elle est ténue. Oh là là, j'ai tellement de choses à te raconter, mais les restrictions sont strictes. Je pourrais te faire un compte rendu détaillé et direct de tout ce qui se passe, mais…
Les premières nuits que j'ai passées ici, j'ai dû dormir dans une tranchée profonde et étroite, à environ un mètre de la tombe rudimentaire d'un soldat canadien inconnu des forces spéciales. Au beau milieu de la nuit. Je me réveillais et je me disais : « Voilà deux tombes, une pour les morts et une pour les vivants. »
Et si j'étendais les jambes… Hé Bart, ne sois pas morbide ! Bon sang, je donnerais deux jours de mes rations de combat pour dix minutes dans un bon bain chaud, là, tout de suite. On finit par se salir à force de vivre comme une taupe, avec seulement trois tasses d'eau par jour pour boire, se raser, se laver et faire la lessive.
Jerry a la fâcheuse habitude de polluer l'eau potable qu'il doit laisser derrière lui, alors impossible de la puiser à n'importe quel puits ou source qui semble pourtant si pratique.
Eh bien ma chérie, Madame d'Armentiers brille par son absence jusqu'à présent. J'ai seulement vu des personnes âgées et des infirmes, ainsi que des tout-petits. Si seulement je pouvais parler la langue ! Ce serait un atout précieux. J'espère aussi que tes cigarettes vont arriver bientôt ; les sept que je reçois chaque jour ne durent même pas la matinée et on ne les trouve pas ici à 10 000 francs le paquet. Je t'embrasse fort, ma belle, et écris-moi vite.
Doug

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