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2023.322.003
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Lettre
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Lettre du caporal Ernest Douglas Barton à Rose Petrie - 10 octobre 1944
Lettre du caporal Ernest Douglas Barton à Rose Petrie - 7 octobre 1944
Quartier général du 121e bataillon CBR
CAOS
10 octobre 1944
Ma très chère Rose,
Salut ma douce, comment ça va ? Tu sais, je dois apprendre une autre langue maintenant : le flamand cette semaine, le néerlandais la semaine prochaine. Oh là là, bientôt… le russe ! Eh bien, ma puce, tout va pour le mieux en Belgique. J'ai beaucoup voyagé dans la vieille ville.
L'autre après-midi, j'ai pris trois ou quatre heures de congé et j'ai flâné dans le vieux château des ducs, ou comtes de Flandre. Ce truc date du IXe siècle, un peu avant notre époque, hein ma belle ? Il est en très bon état, mais il faut dire que les châteaux étaient vraiment impressionnants à l'époque : d'énormes blocs de pierre, des arches massives et des murs si épais qu'on aurait pu y construire une maison. Il devait faire un froid de canard dans ces voûtes rocheuses et massives, sans chauffage ni rien. L'endroit regorgeait de mécanismes de torture complexes – de quoi amuser le comte, sans doute, durant ces longues soirées d'hiver. Sous terre, l'établissement était un véritable labyrinthe de cachots, de trous profonds et de fosses immondes remplies d'eau nauséabonde – de beaux endroits pour enfermer nos fauteurs de troubles nazis, pensai-je. J'ai repéré une magnifique cellule d'isolement pour Monsieur Hitler – environ quinze mètres de profondeur, avec des parois rocheuses abruptes, sans lumière et mesurant environ un mètre sur deux (une sorte de tombe vivante). En dessous, je me sentais comme le pauvre Dante dans le château de Monte-Cristo, tu te rappelles ? On ne va certainement pas calquer notre maison sur le style du IXe siècle.
Bref, ma chère, c'est trop froid et lugubre. Cependant, juste de l'autre côté du canal, en face de cet hôtel particulier médiéval, le contraste est saisissant. Un marchand de fruits et légumes entreprenant a investi une petite église et expose sa marchandise sur toute la façade de ce sanctuaire ancestral. Des grappes de raisins, grosses, violettes et vertes, pendent des corniches et des recoins, de grosses poires jaunes contrastent avec le gris terne de la maçonnerie, et des pommes rouges et de grosses tomates pourpres y ajoutent des touches de couleur. Les rayons du soleil scintillent sur un crucifix grandeur nature, laqué or, enchâssé dans une niche profonde du mur, juste sous le faîte du toit à pignon. Si seulement j'avais eu mon appareil photo couleur ! J'aurais gagné un prix, j'en suis sûre.
Ces nombreux canaux, avec leurs péniches insolites, leurs ponts bas et leurs petits cafés impeccables au bord de l'eau, sont eux aussi très pittoresques. De vieux bateliers à la peau tannée claquent dans leurs sabots de bois, qui ressemblent étrangement aux embarcations qu'ils manœuvrent. Des gamins sales et déguenillés vous agrippent sans cesse les mains, mendiant cigarettes et souvenirs. Une barre de chocolat, pour eux, c'est comme trouver le trésor au bout de l'arc-en-ciel. À la simple mention du mot, vous êtes submergé par une foule d'enfants qui se débattent et grattent.
Nous avons traversé un bon nombre de villes célèbres de France et de Belgique, témoins de la Seconde Guerre mondiale. Des noms connus comme Arras, Lens, Amiens, Rouen, etc., ont défilé sous nos yeux. Les cimetières des Canadiens et des Britanniques tombés durant ce conflit sanglant parsèment encore le paysage. La scène la plus émouvante, et pour moi la plus profonde, que j'aie jamais vue, est la crête de Vimy, avec ses deux puits jumeaux mondialement connus – le Mémorial. Ils offrent un spectacle saisissant, situés juste en dessous de la crête chèrement conquise, dominant la vallée industrielle en contrebas : terrils, cheminées d'usines et villes noircies par la fumée. D'une certaine façon, j'étais reconnaissant que les Allemands aient épargné ce puissant souvenir de cette époque révolue.
Eh bien Rose, il semblerait que j'aie encore dépassé mon congé… J'aurais dû être au lit depuis longtemps. Bonne nuit ma belle, je t'aime de plus en plus à chaque nouvelle ville et à chaque nouveau pays que je visite. Toi aussi ? Oui ? À toi pour toujours,
Doug.
Ci-joint une thèse d'un professeur de gastronomie inconnu – très véridique, je dirais. EDB.
Ce dessin m'exonère de toute infidélité - que Dieu m'aide !
Ton chum aux yeux écarquillés,
Bart

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